La polémique enfle autour du 28e Salon du livre de Paris, qui se déroulera du 14 au 19 mars, porte de Versailles. Le choix d’Israël pour invité d’honneur ne fait pas l’unanimité, et une partie du monde littéraire arabe appelle au boycott.
Le monde de la littérature est secoué par une contestation de certains pays et certaines organisations arabes. Ils réagissent au choix du Syndicat national de l’édition (SNE), organisateur du Salon du livre, de placer la littérature israélienne au pavillon d’honneur, l’année du soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Des appels au boycott ont été lancés.
Le Liban, pourtant lié à la France, a annoncé, mercredi 27 février, qu’il ne participerait pas à la manifestation. Au Maghreb, plusieurs éditeurs ont déjà fait part de leur refus de participer au Salon. Certains auteurs, arabes ou d’origine arabe, qui se déplaceront tout de même, ont dénoncé avec force le choix de l’invité d’honneur.
De son côté, le Syndicat national de l’édition se défend de faire de la politique. Il fait remarquer que le contexte anniversaire de la création d’Israël n’a rien à voir avec son choix, et indique qu’il invite la littérature israélienne, et non l’Etat d’Israël. « C'est la reconnaissance d’une littérature dynamique, d’une immense richesse, à l’image d’une société multiculturelle. Une littérature qui puise dans le passé, s’affirme dans un présent mouvementé, sans à priori, n’esquivant aucune question, qui interroge et analyse sans concession », peut-on lire, au sujet de l’invité d’honneur 2008, sur le site du Salon du livre (www.salondulivreparis.com).
« Cela est contraire à l’esprit de la civilisation arabe »
39 auteurs israéliens seront présents à Paris, à ce Salon du livre, qui se déroulera dans avec des mesures de sécurité « maximales ». Le 13 mars, l’inauguration se fera en présence de Nicolas Sarkozy et de Shimon Perès. Mais c’est bien la culture, à l’échelle internationale, qui est fêtée lors de ce Salon. Faut-il la boycotter ?
Tahar Ben Jelloun, écrivain marocain, répond, sur son site Internet (http://www.taharbenjelloun.org), au sujet du même appel au boycott pour le Salon du livre de Turin (mai 2008), qui aura également la littérature israélienne pour invité d’honneur. « Si je comprends bien la logique de ceux qui lancent une campagne de boycott […], il faudra que je jette [les] deux livres [israéliens que je lis] et peut-être même les brûler, dit-il. Pourquoi ? Parce qu’ils sont écrits par des Israéliens. Du même coup, le public israélien devrait lui aussi jeter mes livres traduits en hébreu et les condamner à l’exil. On pourrait continuer ce petit jeu et empêcher par exemple que les poèmes du palestinien Mahmoud Darwish ne rentrent pas dans les librairies et maisons israéliennes. Ce serait une guerre contre la culture d’où qu’elle vienne. Cela est contraire à l’esprit de la civilisation arabe et ne pourrait produire que des catastrophes, élever le mur de l’incompréhension, de la peur et de la haine. »
Etrangement, les artistes et personnalités politiques français sont absents de ce débat. Un débat culturel, mais qui conserve un aspect politique, puisque seul Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, « regrette » ces appels au boycott du Salon du livre.
Cécilie Cordier